En mars 2025, Rohan Rane a comparu devant la Cour criminelle départementale de Paris pour des faits de torture et de barbarie, corruption de mineurs en bande organisée et extorsion en bande organisée. Ses actes ont depuis été requalifiés, entraînant le renvoi de l’affaire devant la Cour d’assises, où il sera jugé du 5 au 9 octobre 2026. Il encourt désormais la réclusion criminelle à perpétuité extorsion précédée, suivie ou accompagnée d’actes de torture et barbarie.
Fondateur d’un groupe d’extrémiste violent nihiliste sur une plateforme en ligne, Rohan Rane aurait organisé, un réseau ayant approché des mineures en ligne pour les contraindre, sous la menace, à produire des contenus dégradants. Grâce à l’anonymat et à la permissivité des réseaux sociaux, il a pu manipuler, harceler et soumettre ces enfants à des sévices psychologiques et physiques d’une extrême gravité.
Ce procès n’est pas un fait isolé : il illustre une évolution préoccupante de l’extorsion sexuelle en ligne, dont la fréquence et la violence ne cessent de croître. Depuis plusieurs années, les professionnels de la protection de l’enfance observent une multiplication des signalements de sextorsion visant des mineurs, ainsi qu’une aggravation nette des formes de violence exigées des victimes : automutilation, actes de cruauté envers des animaux, mise en scène macabre, jusqu’à des tentatives de suicide filmées et diffusées. Ces pratiques ne relèvent plus seulement d’une logique d’appât du gain : elles s’inscrivent de plus en plus souvent dans des communautés en ligne où la violence infligée aux victimes devient un mode de reconnaissance entre pairs, un “statut” à acquérir au sein du groupe.
Ce basculement s’observe notamment à travers l’essor de réseaux et de mouvances en ligne prônant une violence sans finalité idéologique claire, où des mineurs sont parfois auteurs et victimes, et qui recrutent massivement via des forums, des jeux vidéo et des messageries prisées des plus jeunes. Ces dynamiques, encore mal identifiées par les pouvoirs publics comme par le grand public, se développent silencieusement tout en produisant des conséquences d’une extrêmes gravité pour les enfants qui y sont exposés.
Face à cette évolution, ECPAT 360 appelle les pouvoirs publics à :
- Reconnaître l’ampleur et la spécificité de ce phénomène, encore mal identifié par les acteurs institutionnels, en investissant dans la formation des professionnels de l’enfance, de la sécurité et de la justice ;
- Renforcer les obligations des plateformes numériques en matière de prévention, de modération et de détection des contenus pédocriminels et des faits de sollicitations d’enfants à des fins sexuelles ;
- Développer la prévention auprès des enfants et des familles, pour permettre une détection plus précoce des situations d’emprise et un meilleur accompagnement des victimes ;
- Mieux prendre en compte l’impact psychologique des violences en ligne sur les victimes et leur permettre d’accéder à des réparations judiciaires et financières.
“Ce que révèle cette affaire dépasse le cas d’un seul individu : c’est l’émergence de véritables communautés en ligne où la violence infligée aux enfants devient un jeu, une compétition à la recherche d’un nouveau statut entre pairs. Face à cette réalité encore mal comprise, la société tout entière doit se mobiliser pour protéger les enfants qui y sont exposés.” – ECPAT 360
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Anna Rodriguez, Chargée de communication et relations presse – arodriguez@ecpat-france.org 07 68 01 78 39


